L’être humain est complexe, infiniment abstrait et pourtant tellement concret et ancré dans les choses qu’il vit et ressent. C’est que la majorité de ce qu’il fait et subit lui vient en partie de ses émotions. Ces émotions sont présentes partout dans la sphère artistique, puisqu’un des mandats premier de l’art est de représenter la réalité. L’art n’a pas ce mandat exclusif et on pourrait sans doute tergiverser longtemps sur cette affirmation, en teintant le tout d’un peu d’Aristote, de Brecht et de Platon. Toujours est-il que l’art possède un attribut qui fait qu’il se rapproche ou qu’il communique une réalité humaine. On le remarque dans le théâtre tragique et dramatique, dans la peinture de Manet, dans le cinéma néo-réaliste italien, dans la sculpture de Michel Ange et, à fortiori, dans la littérature. L’art devient en quelque sorte le reflet de l’âme d’une société et des artistes qui le mette en place. Pour Stendhal, célèbre écrivain réaliste et “romantique”, ”Un roman est un miroir promené le long d’un chemin”. Le roman devient donc le véhiculaire de quelque chose qui existe déjà, rien n’est créé qui ne diffère en bout de ligne avec le substrat de départ. Il est évident que cette réalité reste subjective, selon les yeux de celui qui regardent et écrivent. Ce réalisme n’est pas seulement apparent, mais également interne. En effet, on ne se contente pas de peindre en surface ce qu’on voit, mais on tente aussi d’y incorporer quelque chose de plus vrai, de plus important, les sentiments. C’est lors du 19e siècle que les romanciers, qui prennent alors plus confiance en leurs moyens et en leurs style vont élaborer ce romantisme qui se base majoritairement sur les sentiment et sur le “mal du siècle”.
Tout d’abord, un cours retour en arrière pour poser un regard historique sur le fondement du mouvement dit “romantique”. Le principal précurseur du courant demeure Chateaubriand. Au début du 19e siècle, siècle où tout va changer pour le roman et la littérature en général, Chateaubriand va s’imposer comme un incontournable romancier qui va traiter de sujets romantiques et donc, inévitablement, modernes. C’est surtout au travers de son personnage “René” que Chateaubriand va mettre les bases du romantisme, alors que son roman prend une allure autobiographique. C’est lui qui posera les bases du roman au “je” et au “moi”, réinventant ainsi l’histoire littéraire et la narration. Il est, en quelque sorte, le père du romantisme et sera considéré comme tel par de nombreux de ses collègues et successeurs. On peut d’ailleurs facilement faire un lien entre son écriture et Les Souffrances de Jeune Werther de Goethe, les Victor hugo, Georges Sand et bien sur Musset.
Ce dernier est un important personnage, puisqu’il apporte son mal de vivre dans le coeur même de son désespoir. Pour lui, tout passe par l’amour, qui devient alors sa religion. C’est cette quête du dieu de sa religion (l’Amour) qui va l’amener à se reconsidérer sans cesse, à réaliser qu’il n’est rien sans ce “mal du siècle” qu’il définit comme cette perte d’espoir face à la société et à ses principaux actants. Musset le définit de cette façon: « En même temps que la vie au dehors était si pâle et si mesquine, la vie intérieure de la société prenait un aspect sombre et silencieux; l’hypocrisie la plus sévère régnait dans les mœurs; les idées anglaises se joignant à la dévotion, la gaieté même avait disparu. » (p. 13) [1] Mais on peut aussi penser au “mal du siècle” comme l’incapacité des jeunes de cette génération à s’identifier aux modèles qui leurs sont présentés. C’est sur ce point que vont se bâtir l’”indépendance” des auteurs, se confortant dans un anti conformisme qui les séduit. Musset place aussi le « mal du siècle » comme une perte des valeurs qui étaient auparavant si chères aux hommes, il raconte que : « Les hommes, en se séparant des femmes, avaient chuchoté un mot qui blesse à mort : le mépris; ils s’étaient jetés dans le vin et dans les courtisanes. Les étudiants et les artistes s’y jetèrent aussi; l’amour était traité comme la gloire et la religion; c’était une illusion, ancienne. »(p.15) [2] L’indécision face aux situations amoureuses reste aussi quelque chose de marquant dans les écrits. En effet, c’est sans cesse que Musset et ses semblables vont remettre en question leur amour et les motifs qui sont derrière ceux-ci, poussant même jusqu’à soupçonner le pire. La tristesse, la mélancolie et la nostalgie semblent être les véhiculaires uniques de ces auteurs romantiques qui semblent incapable de sortir de cette destinée. C’est sans cesse en tentant de fuir l’Amour que celui-ci se présentera dans les endroits les plus insolites et de façons différentes et très souvent de manière unique. C’est sans cesse dans cet oxymore de fuite au devant de l’amour et retour vers celui-ci, que Musset va élaborer son récit. Les romantiques semblent pris dans cette impasse, sentant le besoin d’aimer pour vivre, mais n’y arrivant tout simplement pas.
La première partie de ce texte se voulait surtout explicative, cette seconde se veut plus personnelle. Ce ne sont que quelques réflexions d’un être obscur, sans grande présence d’esprit, sans talent aucun et ce qui pourra s’y dire ne se veut récapitulatif que pour celui-ci. Car après tout, pour qui écrit-on sinon pour nous mêmes au départ? Ainsi, le lecteur (au singulier?) qui recherche un véritable récit soutenu ne pourra qu’être déçu par ces pensées imparfaites.
[En Cours]
[1]Musset, Alfred. Les Confessions d’un Enfant du siècle. Site de livres de Google [En Ligne] http://books.google.ca/books?id=pD3uAAAAMAAJ&pg=PA16&hl=fr&output=text (Page consultée le 7 mars 2011)
[2]Musset, Alfred. Les Confessions d’un Enfant du siècle. Site de livres de Google [En Ligne] http://books.google.ca/books?id=pD3uAAAAMAAJ&pg=PA16&hl=fr&output=text (Page consultée le 7 mars 2011)
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